Jeudi 28 juin 2007 4 28 /06 /Juin /2007 22:02
Je me suis longtemps demandé comment mon cher cousin Philippe avait pu passer 2 ans au Japon, et, non content d’avoir tenu jusqu’au terme de cette «punition», avoir en plus apprécié son séjour !? Je me représentais ce pays à travers une collection de clichés pas très positifs : les troupeaux de touristes à Paris qui visitent 5 capitales européennes en une semaine à travers l’objectif de leur appareil photo, les salarymen qui meurent de surmenage ou qui s’évadent de leur esclavage moderne par le jeu, l’alcool et les fantasmes sur les écolières, stupeurs et tremblements d’Amélie Nothomb, la pêche à la baleine …etc. Et c’est en y allant que je me suis rendu compte.
Au Japon, y’a des très jolis jardins, mais y’a aussi beaucoup de monde. Surtout qu’il semble qu’une des activités favorites des japonais est de prendre des fleurs en photo (ou des photos tout court ?!)
Comme dans tous les pays du monde, la société japonaise est contradictoire, alliant la délicatesse de la majorité des aspects de la vie quotidienne (jusqu’à l’extrême parfois dans l’entretien des jardins, les pliages de papier ou l’interminable ennui des spectacles de théâtre Nô) à la plus grossière expression des différents exutoires nécessaires à une société aussi contraignante (cf + haut). Il reste que, comme en Inde, j’étais surpris presque à chaque coin de rue au gré de mes ballades. Mais, j’ai eu l’étrange impression que la clé du mystère (« qu’est-ce-que c’est que le Japon ? ») était plus accessible que dans d’autres pays (comme l’Inde par exemple, où plusieurs vies ne suffiraient pas à comprendre « qu’est-ce-que c’est l’Inde »).
Au Japon, y’a aussi une espèce de ville immense qui s’étend sur 300 kms entre Tokyo et Kobe, à peine interrompue par quelques champs de riz coincés au milieu de l’urbanisation frénétique
En effet, même si voyager au Japon est ultra-compliqué (rien ni personne, ou presque, n’est traduit ou ne parle anglais), c’est aussi un pays ultra-urbanisé (95 millions de japonais se concentrent dans les villes côtières), ultra-propre (quel changement !) et ultra-moderne (c’est sûr, j’ai quitté le tiers-monde pour la deuxième économie de la planète), ce qui donne plus de points communs qu’ailleurs avec nos modes de vie et m’a donné cette intuition de facilité d’accès – qui est peut-être d’ailleurs totalement absurde (mais en même temps, en France, il y a bien 975 personnes qui ont voté pour Francis Lalanne aux dernières élections, ce qui veut dire que tout le monde peut se tromper).
Le Shinkansen, fierté technologiquo-industrielle du Japon, allie le confort et la vitesse du voyage au charme d’un étrange cérémonial des contrôleurs de quai quand le train arrive en gare, très certainement inspiré de traditions les plus anciennes
Au passage, ce que j’ai d’ailleurs trouvé de plus passionnant au Japon, ce sont bien les japonais, et non pas leurs temples, monastères, châteaux, palais, jardins et autres. Mais c’est peut-être parceque après 10 mois de voyage, mon intérêt pour les sites touristiques s’est légèrement émoussé. Mon seul regret est de m’être contenté de les observer, vu que je n’en ai rencontré pratiquement aucun en deux semaines qui parlait correctement anglais.


Ici, l’obsession de la propreté et du rangement sont presque pathologiques, au point de voir des jardiniers arracher les mauvaises à la main, ou balayer les parois de mousse
Enfin si voyager au Japon est certes confortable (enfin des vrais trains !), c’est cher et pas évident de voyager seul car les hôtels sont petits et se prêtent peu aux rencontres de compagnons de voyage. En plus comme c’est cher, tout le monde a tendance à visiter vite sans s’attarder (au Japon, on fait du tourisme à la japonaise !) plutôt que glander pendant des heures aux terrasses de cafés (y’en n’a pas) ou dans les salles communes des guesthouses (y’en n’a pas non plus).
Y’a aussi des beaux bâtiments, comme le château de Himeiji, un des plus célèbres du Japon, et dont la richesse des systèmes de défenses laisse imaginer le calme et la paix qui devait être inconnues au temps des samouraïs et des shoguns
Voilà, j’ai mis un peu de temps à mettre à jour ce blog, mais il m’a fallu ce temps pour encaisser le décalage horaire Japon-Canda et faire le tri de mes idées et impressions.
A Nara, on peut voir des temples (youpi, encore des temples !) mais aussi des biches qui viennent te manger dans la main. C’est trop mignon …
Maintenant je suis en réacclimatation au monde occidental au Canada, avant le retour à Paris le 3 juillet. A vos agendas, je serai bientôt là !
Les japonais sont très bavards … en japonais ! et très synthétiques en anglais. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir des traductions similaires à celle de la scène de tournage dans « Lost in translation »
Bises à tous

 

Par Etienne - Publié dans : unzestedasie
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Lundi 4 juin 2007 1 04 /06 /Juin /2007 15:28

Comme il n’y a pas de vol direct entre le Népal et le Japon, et qu’après mes 10 jours de méditation je considérais mériter une retraite dans le confort du bien-être matériel, j’ai fait escale quelques jours chez Elodie & Laurent à Hong Kong, le Centre Commercial du monde, au sein de l’Intercontinental où j’ai pu faire l’expérience de mon détachement face aux choses matérielles ...


Deux vues de Macao : côté pile le quartier des Casinos, moderne et en expansion grâce à de nouvelles terres gagnées sur la mer. Côté face, les faubourgs aux vieux immeubles pas vraiment clinquants mais qui recèlent quelques quartiers sympas

En fait, j’ai pas fait grand-chose pendant 4 jours, à part diverses formalités pour préparer mon passage au Japon. Je n’ai pas fait la fête à Lan Kwai Fong, je n’ai pas profité de la piscine (en travaux, quel scandale !), pas de shopping, rien visité à part Macao.

En fait, j’ai pas fait grand-chose pendant 4 jours, à part diverses formalités pour préparer mon passage au Japon. Je n’ai pas fait la fête à Lan Kwai Fong, je n’ai pas profité de la piscine (en travaux, quel scandale !), pas de shopping, rien visité à part Macao.

Macao, première enclave européenne en Chine (env. 1520) et dernière à avoir été restituée (en 1999) connaît un boom immobilier (et créatif en termes architectural) car la Chine populaire compte bien exploiter le vice du jeu (et surtout les revenus qu’il rapporte) prégnant dans tous les pays asiatiques et chez les chinois en particulier

Bon, ben pour dire quelque chose sur Macao : ça ne sent pas le sang écarlate, mais plutôt les tonnes de frics déversés par les joueurs venus claquer leur fric et par les promoteurs venus construire toujours plus de casinos. Même les rues anciennes, à quelques exceptions près, sont recouvertes de magasins. Il reste quelques bâtiments coloniaux portugais et des ruelles sympas, mais je n’ai pas vraiment été emballé.

Bon, ben pour dire quelque chose sur Macao : ça ne sent pas le sang écarlate, mais plutôt les tonnes de frics déversés par les joueurs venus claquer leur fric et par les promoteurs venus construire toujours plus de casinos. Même les rues anciennes, à quelques exceptions près, sont recouvertes de magasins. Il reste quelques bâtiments coloniaux portugais et des ruelles sympas, mais je n’ai pas vraiment été emballé.


Lisbonne ? Salvador de Bahia ? Non, Macao !

Bises à tous

Par Etienne - Publié dans : unzestedasie
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Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /Juin /2007 10:34

Le Népal collectionne les records et exceptions : le pays le plus haut du monde (depuis le Terai, presque au niveau de la mer, jusqu’à 8 des 10 plus hauts sommets au monde), un des pays les + pauvres du monde (avec 200 USD de PNB/habitant, seuls une dizaine de pays sont moins bien lotis), le seul royaume hindou au monde (l’Inde est une république) et un des rares pays d’Asie où les chauffeurs de rickshaws ne sont pas (trop) lourds.

 

Les yeux de Bouddha te regardent ! Il a l’air pas commode comme ça, mais en fait il est extrêmement bienveillant

 

C’est aussi un petit pays coincé entre deux géants (la Chine et l’Inde), position dont il a parfois profité et parfois souffert au cours de son histoire. Aujourd’hui, il est clairement à la botte de l’Inde : la majorité des business sont tenus par des indiens ou des népalais d’origine indienne et la politique népalaise (tant intérieure qu’extérieure) est sous influence.

 

Juste une photo de bougies parcequ’elle est jolie (copyright Thierry & Nelly Dubrocca )

 

Enfin, le Népal est actuellement à la croisée des chemins concernant son avenir politique. Le gouvernement et les rebelles maoïstes ont fait la paix fin 2006, et une assemblée constituante doit être élue prochainement pour transformer le pays en république et en vraie démocratie. En attendant, et au gré des multiples reports, tractations et revirements d’alliances, les mois qui viennent décideront de la direction que le pays prendra.

 

Les centre-villes de Bhaktapur, Patan et Kathmandu rivalisent de richesse et de beauté

 

Ce qui est vraiment agréable au Népal, c’est la richesse et la diversité du pays, des cultures, coutumes, religions, certes beaucoup moins importantes qu’en Inde mais plus accessibles que dans ce pays immense. Pour le bonheur des touristes, l’histoire du Népal a connu une longue période de querelles incessantes entre roitelets de la vallée de Kathmandu, qui se mesuraient autant sur les champs de bataille qu’en concurrence effrénée à qui aura les plus beaux bâtiments et œuvres d’art. Il en résulte qu’en quelques heures et quelques kilomètres à peine on peut passer de la surprise et l’émerveillement à la lassitude, ce qui fait gagner du temps pour les visites ;-)

 

           

Deux petites divinités rigolotes. Le Népal est à 90% hindou, et cela se ressent dans le nombre incalculable de divinités, représentations, rites et symboles qu’on rencontre un peu partout

 

Heureusement, le Népal n’a pas que des temples et palais à offrir, mais aussi une nature grandiose avec l’Himalaya en toile de fond. Thierry et Nelly m’ayant rejoint pour leurs vacances au Népal [tiens, parmi les nombreux RDVs prévus avant mon départ, c’est les seuls qui ont tenu leur promesse ?!], on a commencé par la culture (chapeau bas, ils ont persévéré bien plus longtemps que moi !), puis on est allé faire du rafting pendant deux jours au nord du pays où on a failli mourir plusieurs fois. On aurait pu aussi faire du saut à l’élastique (le deuxième saut le plus haut du monde, 160m de chute), mais Nelly a tellement flippé que Thierry et moi avons préféré lui éviter le spectacle terrifiant de nous voir tomber dans le vide (hé, hé, hé, ce qui est bien dans un blog, c’est qu’on peut réécrire la réalité à sa guise …). Les rivières du Népal sont réputées parmi les meilleurs spots du monde pour le rafting, et c’est sûrement vrai : on a des bonnes émotions, on se fait bien tremper et on traverse des paysages splendides.

On ne distingue pas grand-chose, mais il y a un type qui est en train de tomber de 160m avec juste un élastique au pied et personne ne s’en alarme !

 

Puis comme l’intérêt d’un voyage au Népal est de voir les montagnes, et que Thierry & Nelly ne comptaient pas passer 11 de leurs 12 jours de vacances à marcher (ben pourquoi ?!), on est allé passer une nuit à Nagarkot, un village sur une crête à l’extérieur de la vallée de Kathmandu d’où on a une vue superbe sur les montagnes de l’Himalaya. On s’est levé à 5h du mat’, et on a eu un superbe spectacle des … nuages sur l’Himalaya ! Mais comme on est persévérants (surtout eux, comme je l’ai déjà dit … sauf pour le bungy jumping), on a pris deux jours après un « mountain flight » où un petit coucou de 10 places (le Beach 1900D pour les amateurs) nous emmène voir les montagnes de près, au-dessus des nuages, et notamment à quelques mètres du mythique Everest. Après ça, on a des sacrés souvenirs pleins la tête et un certificat ridicule (genre « l’Everest pour les nuls »).

 

L’Everest et le Lhotse vus depuis l’avion de la Buddha Air

 

Après tant de distractions futiles, je me suis enfermé pendant 12 jours pour méditer (cf article précédent), puis, pour m’en remettre, je passe quelques jours chez Elodie et Laurent à Hong Kong où je retrouve la vie moderne et toutes les tentations de la société de consommation.

 

Bises à tous

 

Par Etienne - Publié dans : unzestedasie
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Mercredi 30 mai 2007 3 30 /05 /Mai /2007 03:28

Le hasard de plusieurs rencontres au cours de mon voyage m’a rendu de plus en plus curieux d’en savoir plus sur le bouddhisme et les pratiques de méditation associées à cette philosophie de vie que certains (nombreux) ont « pervertit » en religion. Ni une ni deux, ayant appris qu’il existait près de Kathmandu un centre de méditation « Vipassana », je me suis inscrit pour passer 10 jours d’expérimentation du bouddhisme dans … Le Village des Zombies !!!

C’est là – le nom officiel est « Dharmashringa » - que se déroulent les 10 jours de méditation. Le programme est sérieux : réveil tous les matins à 4h, 12 heures de méditation par jour assis par terre en tailleur, pas d’alcool, pas de tabac, pas de relations sexuelles, régime strictement végétarien deux fois par jour (il n’y a pas de dîner), pas le droit de parler aux autres méditants (ni même d’échanger des regards), pas le droit de lire, d’écrire, écouter de la musique … bref, le droit de rien faire excepté rester assis 12h par jour en totale introspection. Evidemment, avec tout ça, les gens que l’on croise dans cet endroit ressemblent plus à des zombies qu’à des êtres humains.

Pour comprendre pourquoi des gens s’infligent une telle torture (et certains y prennent plaisir !), une rapide synthèse sur le bouddhisme (ou plutôt un raccourci hardi) : Bouddha a découvert que la vie est souffrance, en a compris la cause et trouvé le moyen d’y échapper. Toute vie est souffrance (« Dukkha ») car nous ignorons que toute chose est impermanente (« Anicca » : aussitôt que quelque chose existe, celle-ci est aussi destinée à disparaître) et nous désirons des choses et nous y attachons mais tôt ou tard nous les perdrons car elles disparaîtront. Pour échapper à cette souffrance, chacun doit se libérer du désir et de l’attachement, et pour cela comprendre l’impermanence de toute chose. Bouddha n’édifia pas un dogme, mais une méthode pour atteindre cette connaissance de la réalité du monde (l’impermanence) et annihiler tout attachement aux désirs aveugles : la méditation Vipassana. Il a découvert que le désir est lié aux sensations corporelles ressenties par l’inconscient. Ceci est la grande différence entre le Bouddha et d’autres écoles de pensées similaires : beaucoup ont dit que pour échapper à la souffrance, il fallait se détacher du désir, mais sans dire comment faire. Bouddha a découvert que pour se détacher du désir, il ne suffit pas de discipliner son esprit « conscient », mais surtout il faut apprendre à déceler les sensations corporelles ressenties par son inconscient et en saisir l’impermanence avant que celui-ci réagisse en générant des désirs conscients dont on ne pourra plus se détacher si le mal n’est pas traité à la racine : les réactions de l’inconscient aux stimuli extérieurs. C’est difficile à expliquer en un paragraphe, mais le résultat est que pour discipliner son esprit conscient et percevoir les sensations corporelles ressenties par l’inconscient, on passe 10 jours à observer sa respiration puis centrer toute son attention sur les sensations ressenties sur toute la surface du corps (pas de chants, ni de visualisations ou verbalisations mentales, rien que la concentration de son esprit sur les sensations et l’observation sereine de l’impermanence de ces sensations).


Cette technique Vipassana est extrêmement bénéfique pour beaucoup de gens, les libérant de l’esclavage des désirs par le détachement face aux sensations ressenties par l’inconscient. Elle est réputée rendre les gens sages, heureux et équilibrés. Elle a même été expérimentée dans des prisons indiennes où des milliers de prisonniers suivent des cours de méditation Vipassana et deviennent ainsi moins violents, voire prennent conscience de leurs fautes et changent complètement leur attitude. L’enseignement et toutes les facilités des centres sont entièrement financés par les dons faits par les méditants (aucun tarif, aucune obligation financière et seuls ceux qui ont suivis au moins 10 jours de cours ont le droit de faire des dons). Il n’y a aucun prosélytisme dans cet enseignement, le but n’étant pas de devenir bouddhiste mais d’apprendre à pratiquer la méthode de méditation que celui-ci a enseignée.

Pour moi, ces 10 jours d’expérimentation de la méditation Vipassana ont été une longue et continue torture : peu de sommeil, douleurs continues (assis en tailleur 12h par jour sans pouvoir appuyer son dos nulle part, je vous laisse imaginer), lutte sans répit contre mon esprit conscient pour essayer de le dompter, sans grand succès au final. Il ne s’est pas passé une journée sans que je pense plusieurs fois à m’enfuir en courant, voire insulter tout le monde (« bande de sadiques ! »). Mais sur environ 120 heures de méditation, j’ai passé deux heures étonnantes où toute douleur a disparue et où j’ai entrevu que quelque chose était possible avec cette technique. La majorité de mes compagnons de torture sont allés beaucoup plus loin que moi (je crois que je ne suis pas très doué pour la méditation, mais j’ai en tous cas développé mes capacités de patience et d’endurance face à la douleur) et m’ont confirmé ma faible étincelle d’intuition positive. Enfin, si ces 10 jours ne m’ont pas permis de percevoir mes sensations inconscientes et progresser dans la voie de la sagesse et du détachement, ils m’ont quand même apporté un premier bénéfice notable : j’ai arrêté de fumer ! (mais je n’ai pas perdu mon addiction au chocolat, même après 10 jours de sevrage forcé ;-)

C’est un français rencontré un soir à Pokhara qui m’a convaincu de m’inscrire à ce cours. Même si je pourrai lui en vouloir (au vu de ce que j’ai enduré alors que j’aurai pu passer 10 jours à faire du canyoning, glander au soleil des hautes altitudes ou faire la fête à Kathmandu), je ne peux que faire mienne une citation qu’il m’a faite d’un poète égyptien dont il ne souvenait plus du nom : « de si loin que l'on revienne, ce n'est jamais que de soi-même ». Ca pourrait bien devenir ma maxime pour cette année sabbatique ...

Bises à tous

Par Etienne - Publié dans : unzestedasie
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Samedi 12 mai 2007 6 12 /05 /Mai /2007 06:15

Avant de vous en dire plus sur le Népal, un premier article sur le trek que j’ai effectué autour des Annapurnas (ouf, vous avez échappé à l’intro historique !)

Depuis Darjeeling j’ai pris une jeep jusque Siliguri, puis un bus jusqu’à la frontière Inde /Népal, puis un cyclo-rickshaw pour traverser la frontière et me voici au Népal ! Je passe la nuit à Kakarbitta, ville frontière sans intérêt où j’ai juste le temps de prêter mon Lonely Planet « India »à une anglaise qui devait me le rendre deux semaines plus tard à Kathmandu et dont je n’ai plus eu de nouvelles (heureusement que ce n’était qu’une copie à 8 USD). Ayant entendu pleins d’horreurs sur Kathmandu (bruyant, pollué, misérable, sale …etc.) je décide lendemain de prendre un avion de la Buddha Air pour aller directement à Pokhara, d’où on peut aller faire les treks « les plus célèbres du monde » autour du massif des Annapurnas.

Pokhara est une ville de 100.000 habitants à 200 kms de Kathmandu, où les touristes se concentrent (s’agglutinent ?) le long d’un agréable lac, surplombé par quelques collines et, au-delà, par les Annapurnas (de 7 à 8.000m de haut). Cette photo est une vue au petit matin

Après avoir fait une cure de sommeil de quelques jours (à 800m d’altitude, le temps est idéal : chaud le jour et frais la nuit) et essayer de me cultiver (mais y’ a vraiment rien à faire à Pokhara, excepté des treks), je me décide pour partir faire le trek « Annapurna Circuit », qui tourne autour du massif des Annapurnas.

Les cultures en terrasse sur les flancs de l’Himalaya, en bas de la vallée de la rivière Marsyangdi , aux alentours de 1.000m d’altitude

En fait je n’en ferais qu’une partie : le tour des Annapurnas se fait habituellement en 16 jours, et comme je n’ai pas assez de temps (et un peu la flemme), je partirai 11 jours, puis aux 2/3 du chemin, prendrait un vol qui me ramènera direct à Pokhara.

Un pont suspendu au-dessus de la rivière Marsyangdi

On commence le trek par se lever à 5h du mat’ pour faire 4h de bus (sur le toit, c’était rigolo mais je me suis ruiné le dos). On arrive à Bhulbule, mais on n’a pas le temps de buller puisqu’on part marcher direct jusqu’à notre première étape, Bahundanda.

Pendant 10 jours de montée jusqu’au col de Thorung La, on ne voit pas une voiture ni une moto, juste des porteurs et des convois de mulets qui approvisionnent les villages des montagnes en produits de la vallée

Pendant 6 jours on va marcher tous les jours entre 5 et 6h pour monter progressivement de 800m à 3.500m d’altitude en suivant la vallée de la rivière Marsyangdi. On commence par la forêt dense et les rizières en terrasse où les paysans peuvent faire jusqu’à 3 récoltes par an, pour atteindre la ville de Manang où le paysage est beaucoup plus sec, et où les gens du coin ne font qu’une récolte de patates par an.

Dans les montagnes, les villages sont peuplés de Gurung, ethnie d’origine tibétaine, bouddhiste. Les villages sont parsemés de moulins à prières que les croyant font tourner pour que les mantras s’échappent à l’air à libre …

Le 7ème jour, on a une journée de repos à Manang pour s’acclimater à l’altitude (youpi !). On en profite pour monter à 4.000m pour profiter de la vue et que je sois béni par un étrange lama, jouer au billard, boire des bières et aller mater un film dans une salle de projection dédiée aux trekkeurs fatigués.

Le village de Manang, au-dessus de la vallée de la Marsyangdi et face aux Annapurnas

Du 8ème au 10ème jour, c’est la partie héroïque du trek : on monte en deux jours au « High Camp », à 4.700m, où on va passer la dernière nuit avant de passer le col de Thorung La. A cette altitude on commence à manquer de souffle et il commence à faire sacrément froid. Pour couronner le tout, le soir de notre séjour au High Camp, une tempête de neige s’abat sur les montagnes. Pendant ma nuit sous environ 122 couches de diverses matières protectrices, on a dû approcher du zéro absolu …

Ma première rencontre avec des yaks. Ils ont l’air gentil comme ça, mais en fait ils aiment pas trop qu’on vienne les emmerder

Le lendemain, réveil à 4h. Grosse journée : on doit monter de 700m jusqu’au col de Thorung La, puis redescendre de 1.600m à Muktinath où on passera la nuit. La matinée est féérique : le ciel est clair et les montagnes sont recouvertes de neige. J’ai l’impression de faire de l’alpinisme à travers les sentiers enneigés des Himalayas …

6h du mat’ à 4.700m. Mon bonnet est peut-être ridicule, mais l’instinct de survie à cette altitude fait passer toute considération esthétique comme définitivement superflue

A 8h30 on arrive au col de Thorung La. A 5.416m d’altitude, je suis près de 600m plus haut que le Mont Blanc. Je suis invincible !

Si vous me croyez pas que je suis monté aussi haut, y’a un panneau pour servir de preuve. Je pose avec Dharma, mon guide, qui s’il n’est certainement pas le plus savant sur les choses de la montagne, il en connaît un bout sur les différents alcools locaux. Chacun ses centres d’intérêts 

On passe la nuit à Muktinath, célèbre pour son temple hindou aux eaux sacrées. Si célèbre, que les indiens (de l’Inde) viennent jusqu’ici (à pied, à cheval, en avion voire en hélicoptère) pour se purifier et atteindre plus rapidement le Nirvana. Bref, c’est un temple de plus et on ne s’attarde pas trop pour descendre le lendemain à Kagbeni, le dernier village de la vallée du Haut-Mustang auquel on peut accéder sans payer le permis à 70 USD par jour. Le Mustang est un de ces royaumes interdits de l’Himalaya, où peu d’occidentaux ont mis les pieds jusqu’à son rattachement au Népal en 1951. Aujourd’hui il est surtout interdit aux trekkeurs fauchés (cf. le prix du permis) et a servit à la CIA dans les années 60 à héberger secrètement une guérilla tibétaine contre la Chine communiste. Puis Nixon est allé faire des bises aux chinois dans les 70s et les tibétains ont été abandonnés à leur sort, dans la plus pure tradition altruiste et généreuse des USA (en même temps, nous, maintenant, on a Sarkoszy, mais je m’égare …)

La vallée du Haut-Mustang depuis Kagbeni. Royaume Himalayen mythique pour accéder auquel il faut payer un permis de trek super cher ou bien se déguiser en moine tibétain comme Alexandra David-Neel 

Après quelques heures à Kagbeni, très joli village où l’on assiste à la procession en mémoire de l’anniversaire de la naissance de Bouddha, on marche deux heures contre un vent titanesque dans la vallée de la Kali Gandaki (le Bas-Mustang) pour atteindre Jomsom où se trouve fort à propos un aérodrome d’où on prend le lendemain un avion (ou plutôt un petit coucou à 15 places) qui nous ramène à Pokhara en longeant le massif des Annapurnas et en rasant à près de 10m les collines alentours. J’avoue que j’étais bien content de ne pas en reprendre pour encore 5 jours de marche !

Pour l’anniversaire de Bouddha, les moines de Kagbeni sortent les 108 volumes de la bibliothèque du monastère (mais je les ai pas compté) et certains des villageois les promènent à travers la ville pour que les autres (de tous âges) se prosternent devant 

Voilà, c’était une bien belle expérience. Certains prennent des vacances juste pour venir de France faire ce trek, moi j’étais bien content de passer 3 jours à me remettre de tant d’exercice en bullant outrageusement à Pokhara avant de rejoindre Kathmandu.

Le petit coucou qui relie Jomsom à Pokhara, avec en arrière plan les monts Nilgiri, en avant-poste des Annapurnas (7.000m quand même !)

Bises à tous

Par Etienne - Publié dans : unzestedasie
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