Avant de vous en dire plus sur le Népal, un premier article sur le trek que j’ai effectué autour des Annapurnas (ouf, vous avez échappé à l’intro historique !)
Depuis Darjeeling j’ai pris une jeep jusque Siliguri, puis un bus jusqu’à
la frontière Inde /Népal, puis un cyclo-rickshaw pour traverser la frontière et me voici au Népal ! Je passe la nuit à Kakarbitta, ville frontière sans intérêt où j’ai juste le temps de prêter mon Lonely Planet « India »à une anglaise qui devait me le rendre deux semaines plus tard à Kathmandu et dont je n’ai plus eu de nouvelles (heureusement que ce n’était qu’une copie à 8 USD). Ayant entendu pleins d’horreurs sur Kathmandu (bruyant, pollué, misérable, sale …etc.) je décide lendemain de prendre un avion de
la Buddha Air pour aller directement à Pokhara, d’où on peut aller faire les treks « les plus célèbres du monde » autour du massif des Annapurnas.
Pokhara est une ville de 100.000 habitants à 200 kms de Kathmandu, où les touristes se concentrent (s’agglutinent ?) le long d’un agréable lac, surplombé par quelques collines et, au-delà, par les Annapurnas (de 7 à 8.000m de haut). Cette photo est une vue au petit matin
Après avoir fait une cure de sommeil de quelques jours (à 800m d’altitude, le temps est idéal : chaud le jour et frais la nuit) et essayer de me cultiver (mais y’ a vraiment rien à faire à Pokhara, excepté des treks), je me décide pour partir faire le trek « Annapurna Circuit », qui tourne autour du massif des Annapurnas.
Les cultures en terrasse sur les flancs de l’Himalaya, en bas de la vallée de
la rivière Marsyangdi , aux alentours de 1.000m d’altitude
En fait je n’en ferais qu’une partie : le tour des Annapurnas se fait habituellement en 16 jours, et comme je n’ai pas assez de temps (et un peu la flemme), je partirai 11 jours, puis aux 2/3 du chemin, prendrait un vol qui me ramènera direct à Pokhara.
Un pont suspendu au-dessus de
la rivière Marsyangdi
On commence le trek par se lever à 5h du mat’ pour faire 4h de bus (sur le toit, c’était rigolo mais je me suis ruiné le dos). On arrive à Bhulbule, mais on n’a pas le temps de buller puisqu’on part marcher direct jusqu’à notre première étape, Bahundanda.
Pendant 10 jours de montée jusqu’au col de Thorung La, on ne voit pas une voiture ni une moto, juste des porteurs et des convois de mulets qui approvisionnent les villages des montagnes en produits de la vallée
Pendant 6 jours on va marcher tous les jours entre 5 et 6h pour monter progressivement de 800m à 3.500m d’altitude en suivant la vallée de
la rivière Marsyangdi. On commence par la forêt dense et les rizières en terrasse où les paysans peuvent faire jusqu’à 3 récoltes par an, pour atteindre la ville de Manang où le paysage est beaucoup plus sec, et où les gens du coin ne font qu’une récolte de patates par an.
Dans les montagnes, les villages sont peuplés de Gurung, ethnie d’origine tibétaine, bouddhiste. Les villages sont parsemés de moulins à prières que les croyant font tourner pour que les mantras s’échappent à l’air à libre …
Le 7ème jour, on a une journée de repos à Manang pour s’acclimater à l’altitude (youpi !). On en profite pour monter à 4.000m pour profiter de la vue et que je sois béni par un étrange lama, jouer au billard, boire des bières et aller mater un film dans une salle de projection dédiée aux trekkeurs fatigués.
Le village de Manang, au-dessus de la vallée de la Marsyangdi et face aux Annapurnas
Du 8ème au 10ème jour, c’est la partie héroïque du trek : on monte en deux jours au « High Camp », à 4.700m, où on va passer la dernière nuit avant de passer le col de Thorung La. A cette altitude on commence à manquer de souffle et il commence à faire sacrément froid. Pour couronner le tout, le soir de notre séjour au High Camp, une tempête de neige s’abat sur les montagnes. Pendant ma nuit sous environ 122 couches de diverses matières protectrices, on a dû approcher du zéro absolu …
Ma première rencontre avec des yaks. Ils ont l’air gentil comme ça, mais en fait ils aiment pas trop qu’on vienne les emmerder
Le lendemain, réveil à 4h. Grosse journée : on doit monter de 700m jusqu’au col de Thorung La, puis redescendre de 1.600m à Muktinath où on passera
la nuit. La matinée est féérique : le ciel est clair et les montagnes sont recouvertes de neige. J’ai l’impression de faire de l’alpinisme à travers les sentiers enneigés des Himalayas …
6h du mat’ à 4.700m. Mon bonnet est peut-être ridicule, mais l’instinct de survie à cette altitude fait passer toute considération esthétique comme définitivement superflue
A 8h30 on arrive au col de Thorung La. A 5.416m d’altitude, je suis près de 600m plus haut que le Mont Blanc. Je suis invincible !
Si vous me croyez pas que je suis monté aussi haut, y’a un panneau pour servir de preuve. Je pose avec Dharma, mon guide, qui s’il n’est certainement pas le plus savant sur les choses de la montagne, il en connaît un bout sur les différents alcools locaux. Chacun ses centres d’intérêts …
On passe la nuit à Muktinath, célèbre pour son temple hindou aux eaux sacrées. Si célèbre, que les indiens (de l’Inde) viennent jusqu’ici (à pied, à cheval, en avion voire en hélicoptère) pour se purifier et atteindre plus rapidement le Nirvana. Bref, c’est un temple de plus et on ne s’attarde pas trop pour descendre le lendemain à Kagbeni, le dernier village de la vallée du Haut-Mustang auquel on peut accéder sans payer le permis à 70 USD par jour. Le Mustang est un de ces royaumes interdits de l’Himalaya, où peu d’occidentaux ont mis les pieds jusqu’à son rattachement au Népal en 1951. Aujourd’hui il est surtout interdit aux trekkeurs fauchés (cf. le prix du permis) et a servit à la CIA dans les années 60 à héberger secrètement une guérilla tibétaine contre la Chine communiste. Puis Nixon est allé faire des bises aux chinois dans les 70s et les tibétains ont été abandonnés à leur sort, dans la plus pure tradition altruiste et généreuse des USA (en même temps, nous, maintenant, on a Sarkoszy, mais je m’égare …)
La vallée du Haut-Mustang depuis Kagbeni. Royaume Himalayen mythique pour accéder auquel il faut payer un permis de trek super cher ou bien se déguiser en moine tibétain comme Alexandra David-Neel
Après quelques heures à Kagbeni, très joli village où l’on assiste à la procession en mémoire de l’anniversaire de la naissance de Bouddha, on marche deux heures contre un vent titanesque dans la vallée de la Kali Gandaki (le Bas-Mustang) pour atteindre Jomsom où se trouve fort à propos un aérodrome d’où on prend le lendemain un avion (ou plutôt un petit coucou à 15 places) qui nous ramène à Pokhara en longeant le massif des Annapurnas et en rasant à près de 10m les collines alentours. J’avoue que j’étais bien content de ne pas en reprendre pour encore 5 jours de marche !
Pour l’anniversaire de Bouddha, les moines de Kagbeni sortent les 108 volumes de la bibliothèque du monastère (mais je les ai pas compté) et certains des villageois les promènent à travers la ville pour que les autres (de tous âges) se prosternent devant
Voilà, c’était une bien belle expérience. Certains prennent des vacances juste pour venir de France faire ce trek, moi j’étais bien content de passer 3 jours à me remettre de tant d’exercice en bullant outrageusement à Pokhara avant de rejoindre Kathmandu.
Le petit coucou qui relie Jomsom à Pokhara, avec en arrière plan les monts Nilgiri, en avant-poste des Annapurnas (7.000m quand même !)
Bises à tous